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Former tout le monde à l’IA ou seulement les équipes clés ? Ni l’un ni l’autre.

par | Mar 23, 2026 | IA

La vraie question : quel dispositif de montée en compétences IA construit un avantage organisationnel durable ?


Le faux dilemme qui paralyse les COMEX

En 2026, une question revient dans presque toutes les réunions de direction : « Faut-il former tout le monde à l’IA, ou concentrer l’effort sur quelques équipes stratégiques ? » La question semble légitime. Elle est en réalité le symptôme d’un problème plus profond.

Selon McKinsey et l’Institut de l’Entreprise, 80 % des entreprises françaises utilisent déjà l’IA dans au moins une fonction, mais seules 8 % l’ont déployée à grande échelle. Le frein majeur identifié ? Le manque de compétences. Pas d’outils. Pas de budget. De compétences.

Formuler la question comme un choix binaire revient à chercher la bonne réponse à la mauvaise question. C’est comme demander « faut-il apprendre à lire à tout le monde ou seulement aux cadres ? » quand le vrai sujet est la construction d’une culture de l’écrit dans l’organisation.

Le vrai enjeu n’est pas le périmètre de la formation. C’est l’architecture de la montée en compétences.

Pourquoi ce débat est un piège stratégique

Le mythe de la formation universelle

Former l’intégralité des collaborateurs au même niveau, au même moment, avec le même programme : c’est l’approche « tapis de bombes ». Elle génère d’excellents indicateurs de volume — « 3 000 collaborateurs formés en 6 mois ». Mais elle produit rarement un impact mesurable sur les pratiques.

Un comptable, un commercial et un responsable logistique n’ont ni les mêmes tâches automatisables, ni les mêmes cas d’usage, ni les mêmes résistances. Les former avec le même contenu, c’est confondre exposition et appropriation.

Le piège symétrique : l’élitisme technologique

Réserver la formation IA à une « task force » de dix personnes crée le problème inverse. On bâtit une expertise concentrée qui ne diffuse pas. Les équipes non formées développent soit de la défiance, soit du shadow AI — une utilisation sauvage et non encadrée des outils.

McKinsey a d’ailleurs constaté que les collaborateurs utilisent souvent l’IA bien plus que ne le pensent leurs dirigeants. Le rapport préconise de canaliser cette adoption par la base via des formations structurées et des cadres de gouvernance, plutôt que de la réprimer.

Dans les deux cas — formation universelle indifférenciée ou élitisme technologique — le résultat est le même : un investissement conséquent, un impact faible, une frustration croissante au COMEX.

La troisième voie : l’architecture de compétences par cercles concentriques

L’approche qui produit des résultats durables n’est ni le « tout le monde » ni le « quelques-uns ». C’est un dispositif structuré en trois niveaux complémentaires.

Cercle 1 — L’acculturation universelle : le socle de confiance

Objectif : que chaque collaborateur comprenne ce que l’IA fait, ce qu’elle ne fait pas, et comment elle va transformer son environnement de travail.

Ce n’est pas une formation technique. C’est un acte de gouvernance : poser un cadre de confiance partagé, connaître les règles d’usage internes, savoir ce que l’entreprise attend de chacun vis-à-vis de l’IA.

Vincent Lecerf, DRH d’Orange, résume bien cette nécessité : le préalable indispensable, c’est de poser un socle de confiance — un cadre éthique, inclusif, qui s’assure que les équipes sont « totalement à bord ».

Format recommandé : sessions courtes (2 à 4 heures), mixtes, orientées compréhension. Budget maîtrisé, impact culturel maximal.

🎯 RETOUR DE TERRAIN

300 collaborateurs formés à Copilot en 2 mois : quand le choix du « tout le monde » est le bon

Une ETI de 300 personnes a récemment fait un choix que beaucoup de directions n’osent pas : former l’ensemble de ses collaborateurs à Microsoft Copilot, sans exception, sur un calendrier de deux mois.

Le contexte qui a rendu ce choix pertinent est instructif. La direction générale ne s’est pas contentée de valider le budget — elle a porté le projet avec un engagement visible et une conviction affichée. Ce sponsorship au plus haut niveau a créé un effet d’entraînement déterminant : l’engouement des équipes a été très fort dès les premières sessions.

L’objectif stratégique était clair : éviter qu’une fracture IA ne se creuse entre ceux qui maîtrisent les outils et ceux qui les subissent. En formant tout le monde simultanément, l’entreprise a envoyé un signal fort — l’IA n’est pas réservée à une élite, elle fait partie du quotidien de chacun.

Ce cas illustre un point essentiel : la formation universelle fonctionne quand trois conditions sont réunies.

  • Un sponsorship de direction actif et visible — pas un simple feu vert budgétaire, mais une conviction portée publiquement.
  • Un outil commun et transversal — Copilot s’intègre dans l’environnement Microsoft 365 déjà utilisé par tous, ce qui réduit considérablement la barrière d’entrée.
  • Un calendrier resserré et une dynamique collective — deux mois pour créer un élan, pas six mois où la motivation s’érode.

Le résultat ? Un socle d’acculturation partagé par toute l’organisation, qui constitue désormais le terreau sur lequel les cercles 2 et 3 — montée en compétences métier et expertise avancée — pourront se construire avec une adhésion déjà acquise.

Ce cas ne contredit pas le modèle en cercles concentriques — il en valide le premier cercle dans sa forme la plus ambitieuse.

Cercle 2 — La montée en compétences métier : le levier opérationnel

Objectif : que les équipes dont les tâches sont directement transformées par l’IA maîtrisent les outils dans leur contexte professionnel réel.

C’est ici que l’investissement formation devient un levier de productivité concret. Un programme de prompt engineering générique a peu de valeur. Un atelier où l’équipe commerciale apprend à utiliser l’IA sur ses propres données clients, ses propres scénarios de vente — c’est un accélérateur.

Les études convergent : marketing et ventes, finance, développement produit, IT et supply chain concentrent l’essentiel de la valeur IA. Ce sont ces équipes qui doivent monter en compétences en priorité, avec des parcours calibrés sur leurs cas d’usage spécifiques.

Cercle 3 — L’expertise avancée : les catalyseurs internes

Objectif : disposer en interne de profils capables de concevoir, déployer et gouverner les usages IA à l’échelle de l’organisation.

Ce cercle concerne un nombre restreint de personnes — mais leur rôle est stratégique. Ce sont les « ambassadeurs IA » que McKinsey recommande de positionner dans chaque département clé. Leur mission : faire le pont entre la technologie et les métiers, identifier les cas d’usage à fort impact, accompagner la montée en autonomie des équipes.

52 % des grandes entreprises ont déjà constitué une équipe dédiée à l’IA, contre seulement 23 % des organisations plus petites (McKinsey). C’est un marqueur de maturité autant qu’un facteur de succès.

Ce qui distingue les organisations qui réussissent

Elles alignent formation et gouvernance

Les organisations performantes couplent systématiquement la montée en compétences avec un cadre de gouvernance clair : charte d’usage, politique de données, processus de validation des outputs IA. Former sans gouverner, c’est donner les clés d’une voiture sans code de la route.

Avec l’AI Act européen entrant en application progressive, cette articulation formation-gouvernance n’est plus optionnelle — elle est obligatoire.

Elles mesurent l’impact, pas le volume

Le nombre de collaborateurs formés n’est pas un indicateur de succès. Les indicateurs pertinents : combien d’équipes utilisent effectivement l’IA dans leurs workflows ? Quel gain de temps mesuré ? Quel niveau d’autonomie atteint ?

Selon le BCG, 60 % des entreprises ne génèrent aucune valeur matérielle de leurs investissements IA. Seules 5 % créent de la valeur substantielle à l’échelle. Ce qui les sépare du reste n’est pas le volume d’investissement — c’est la qualité de l’exécution.

Elles pensent en parcours, pas en événements

Une journée de formation ne transforme rien. Un parcours de trois à six mois, avec des jalons, du mentorat, des cas pratiques itératifs et un suivi managérial, transforme les pratiques. Les organisations matures conçoivent la formation IA comme un processus continu, intégré au développement des compétences.

Construire votre dispositif : les quatre questions de cadrage

Avant de lancer un programme de formation IA, quatre questions structurantes doivent trouver une réponse claire au niveau de la direction.

Question de cadrageCe qu’elle détermine
Quels processus métiers sont les plus transformés par l’IA ?Le périmètre du cercle 2 : les équipes à former en priorité sur des cas d’usage concrets
Quel est notre niveau de maturité en gouvernance IA ?Le séquençage : faut-il d’abord poser le cadre (charte, politique) avant la formation opérationnelle ?
Quels profils internes peuvent devenir des relais d’expertise IA ?La composition du cercle 3 : les futurs ambassadeurs et leur positionnement dans l’organigramme
Quel budget et quel horizon temporel ?Le réalisme du dispositif : un plan à 6 mois n’a pas la même architecture qu’un plan à 18 mois

Ces quatre réponses permettent de dimensionner un dispositif réaliste, adapté à votre contexte, et défendable devant un COMEX qui attend du concret.

2026 : le moment structurel, pas la deadline artificielle

Nous ne sommes pas dans une fenêtre d’opportunité temporaire. Nous sommes à un point d’inflexion structurel. Les organisations qui construisent aujourd’hui leur architecture de compétences IA ne font pas un pari technologique — elles bâtissent un avantage concurrentiel durable.

McKinsey estime que l’adoption rapide de l’IA pourrait augmenter la productivité française jusqu’à 3 % par an d’ici 2030. Mais cette projection repose sur un postulat : que les compétences suivent. Sans montée en compétences structurée, l’IA reste un coût sans retour.

La vraie urgence n’est pas de « former vite ». C’est de former juste. Et former juste, c’est penser architecture avant de penser catalogue.

La question n’est pas « qui former ? » — c’est « comment construire un système de compétences IA qui fait progresser toute l’organisation, à des rythmes et des profondeurs différents, vers une autonomie réelle ? »


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