Une phrase que j’entends presque chaque semaine chez les dirigeants
« Je ne sais pas par où commencer avec l’IA. »
Ce n’est ni un aveu de faiblesse, ni un manque d’intérêt.
C’est le symptôme d’un excès.
Excès d’outils.
Excès de discours contradictoires.
Excès de promesses spectaculaires… et d’usages flous sur le terrain.
Dans la plupart des organisations, la confusion ne vient pas de l’intelligence artificielle elle-même.
Elle vient d’une dispersion stratégique.
Le vrai problème n’est pas l’IA. C’est l’absence de cadre.
Quand un dirigeant me dit ne pas savoir par où commencer, je constate presque toujours les mêmes situations :
- L’IA est abordée comme un sujet technologique, pas comme un sujet de travail réel.
- Les équipes testent des outils sans boussole commune.
- Les managers sont sommés « d’y aller » sans espace pour comprendre.
- La question du sens arrive… beaucoup trop tard.
On parle modèles, copilotes, agents, automatisation.
Mais rarement de ce que l’on cherche réellement à transformer.
👉 Tant que le cadre n’est pas posé, chaque initiative IA devient un essai isolé, difficile à défendre et impossible à généraliser.
La vraie question à se poser avant de parler d’IA
La question n’est pas par où commencer avec l’IA.
mais :
Où l’organisation perd aujourd’hui du temps, de l’énergie ou de la cohérence ?
L’IA n’est pas un point de départ.
C’est un accélérateur, parfois un révélateur.
Elle amplifie :
- les dysfonctionnements existants,
- les flous managériaux,
- les incohérences de gouvernance.
Sans clarification préalable, elle ne crée pas de valeur durable.
Le point de départ pertinent : le travail réel
Les organisations qui avancent sainement avec l’IA ne commencent pas par un outil.
Elles commencent par observer le travail réel :
- Où les collaborateurs passent-ils du temps inutilement ?
- Où la charge cognitive est-elle excessive ?
- Où l’information circule-t-elle mal ?
- Où les décisions sont-elles ralenties ?
Ce sont ces frictions concrètes qui constituent les vrais points d’entrée.
L’IA devient alors un moyen, pas une finalité.
Trois erreurs classiques à éviter absolument :
1. Confondre vitesse et précipitation
Déployer vite sans alignement crée plus de résistance que de valeur.
2. Déléguer l’IA uniquement à l’IT ou à l’innovation
L’IA touche au management, à l’organisation, à la responsabilité.
Ce n’est pas un sujet silo.
3. Chercher la maturité plutôt que la cohérence
Une organisation cohérente à faible maturité progresse mieux qu’une organisation « mature » mais désalignée.
Une boussole simple pour démarrer sans se tromper
Sans entrer dans des modèles complexes, une question suffit souvent à structurer le départ :
Quel problème de travail voulons-nous réellement améliorer, et pour qui ?
À partir de là, seulement ensuite :
- quels usages sont pertinents,
- quels outils sont légitimes,
- quel niveau d’autonomie est acceptable,
- quelle gouvernance est nécessaire.
C’est un chemin progressif, pas un grand soir technologique.
L’IA n’est pas un projet. C’est un changement de posture.
Ce que l’IA transforme en profondeur, ce n’est pas seulement la productivité.
C’est la relation :
- au temps,
- à la décision,
- à la responsabilité,
- au rôle du manager.
Les organisations qui réussissent sont celles qui :
- créent des espaces de compréhension,
- autorisent l’expérimentation encadrée,
- acceptent que tout ne soit pas figé dès le départ.
👉 On ne « déploie » pas l’IA.
👉 On l’installe dans une organisation vivante.
Ce que j’observe sur le terrain
Les démarches les plus solides partagent trois caractéristiques :
- une intention claire, formulée au niveau de la direction,
- un cadre rassurant, sans naïveté technologique,
- une attention constante portée aux usages réels et aux managers.
Le reste — outils, agents, automatisation — vient ensuite. Naturellement.
Conclusion – Commencer par clarifier, pas par s’équiper
Ne pas savoir par où commencer avec l’IA n’est pas un problème.
Commencer sans savoir pourquoi, en revanche, en est un.
L’IA n’est pas une urgence technologique.
C’est une question de clarté stratégique et humaine.
Et cette clarté, contrairement aux outils, ne s’achète pas.
Elle se construit.
