L’intelligence artificielle n’est plus un sujet d’expérimentation marginale.
Elle s’invite dans les décisions, les process, les arbitrages… parfois sans que le CODIR n’en ait pleinement conscience.
La récente alerte du renseignement intérieur, portée notamment par la DGSI, agit comme un signal faible devenu fort :
l’IA peut fragiliser l’entreprise là où elle pensait gagner en performance.
Deux dérives majeures ressortent, et elles concernent directement la gouvernance :
- la fuite de données sensibles, souvent invisible
- les décisions biaisées, lorsque l’outil prend le pas sur le discernement collectif
Pour un CODIR, la fuite de données n’est pas un incident… c’est un risque systémique
Dans beaucoup d’organisations, l’IA est déjà utilisée :
- par des managers,
- par des équipes opérationnelles,
- parfois sans cadre officiel, ni validation explicite.
Un document stratégique copié-collé « pour aller plus vite ».
Un outil grand public testé « à titre personnel ».
Un usage qui semble anodin… mais qui engage la responsabilité de l’entreprise.
👉 Pour un CODIR, le sujet n’est pas l’erreur individuelle.
👉 Le sujet est l’absence de règles claires et assumées au plus haut niveau.
Sans cadre d’usage formalisé, partagé et incarné :
- les données sortent de l’organisation,
- la traçabilité se dilue,
- la responsabilité devient floue.
L’IA ne crée pas le risque.
Elle le rend simplement plus rapide, plus diffus et plus difficile à détecter.
Décisions biaisées : quand le pilotage stratégique se délègue sans le dire
Autre dérive observée dans les organisations :
une confiance excessive accordée aux recommandations produites par l’IA.
« L’outil a analysé la situation, donc c’est la meilleure option. »
Dans les faits, cela se traduit par :
- des analyses non challengées,
- des arbitrages peu débattus,
- une perte de confrontation des points de vue au sein des instances de décision.
Or une IA :
- ne comprend pas la stratégie,
- ne perçoit pas les signaux faibles humains, sociaux ou politiques,
- ne porte aucune responsabilité juridique ou managériale.
Elle calcule des probabilités.
Elle ne décide pas.
Pour un CODIR, le risque est clair :
👉 confondre aide à la décision et délégation de la décision.
Ce que font les CODIR qui pilotent l’IA avec maturité
Les organisations les plus avancées ne sont pas celles qui utilisent le plus d’IA,
mais celles qui l’intègrent dans un cadre de gouvernance clair.
Trois leviers structurants reviennent systématiquement.
1. Un cadre d’usage porté au niveau CODIR
L’IA n’est pas un sujet IT ou innovation.
C’est un sujet de gouvernance, avec des règles, des limites et des arbitrages assumés.
2. Une montée en compétence des managers sur la posture décisionnelle
Former à l’outil ne suffit pas.
Il faut former à l’usage critique, à la lecture des biais, au questionnement.
3. Une culture du débat et du discernement collectif
Les recommandations de l’IA deviennent une matière à discussion, pas une conclusion automatique.
Dans ces organisations, l’IA renforce la qualité des décisions.
Elle n’appauvrit pas le rôle du CODIR, elle le rend plus exigeant.
Le vrai enjeu pour un CODIR : rester aux commandes
L’IA n’est ni un danger en soi, ni une solution miracle.
Elle est un accélérateur.
La question centrale n’est donc pas :
« Jusqu’où peut-on automatiser ? »
Mais plutôt :
« Que voulons-nous continuer à décider, à assumer et à incarner collectivement ? »
Question ouverte pour les instances de direction
Dans votre organisation,
l’IA est-elle un copilote stratégique,
ou un pilote discret à qui le CODIR a déjà laissé trop de latitude ?